Critiques

À propos de mes lectures. Si vous m’envoyez un livre, je vais le lire et en parler, mais je serai honnête! // About books I’ve read. If you send me a book, I will read it and discuss it, but I will be honest!

Major, Henriette

Henriette Major est décédée hier. J’ai une drôle de relation avec la littérature jeunesse : jeune, je n’en ai presque pas lu. Je lisais des romans dits pour adulte. Mais dans la bibliothèque de ma mère, j’ai trouvé un jour Le club des curieux. C’est, de la centaine d’œuvres d’Henriette Major, la seule que j’ai lu et que je possède. Et pourtant, je vous dirais que madame Major a eu sur moi toute une ascendance. J’ai essayé de lire ce livre à Petit Coco, qui s’est lassé après trois pages. Les enfants, voyez-vous, ne connaissent plus les mots comme bicoque, et ce lassent vite de ne rien comprendre. Pauvre de lui, ai-je pensé, qui va et veut passer à côté du miroir où Marco-Ocram, lui, va oser aller chercher son grand-père fou. C’est un chagrin pour moi de ne pas lui avoir montré ces fleurs qui parlent et ce palais de cristal. Oh que je l’ai lu et relu, Le club des curieux. Oh qu’il me parlait, ce livre. Il partait d’une maison étrange, à l’orée du village, où vivait une femme que les enfants du coin soupçonnaient de sorcellerie. Comment dire mon émoi, à moi qui ai grandi à l’écart du village avec des parents qui n’avaient jamais été entièrement acceptés par les gens de l’endroit? C’est Gilles Vigneault qui en parlait récemment : une quantité d’images et d’information, une pénurie d’imaginaire. Moi j’ai grandi en imagination, et je dois une partie au moins de mon amour viscéral des livres, de la lecture et de l’imaginaire à cette dame qui n’est plus. Merci, Madame Henriette.

Cliche, Alain: Accro vinyle

Par où commencer, quand on connaît l’auteur depuis des lunes (beaucoup de lunes), et qu’on a même effectué l’une des relectures du manuscrit ? Dire “c’est bon”, c’est trop peu. Trop évident. Même si c’est vrai. Bon. Alors commençons par le commencement. C’est l’histoire - éclatée, fragmentée, faite de retours et d’avancées - d’un gars (je dirais homme habituellement, mais non, cette fois-ci, c’est bien d’un gars qu’il s’agit) qui trippe musique, qui se promène à la recherche - oh le puriste! - de disques en vinyle, et qui, au milieu des ventes-débarras, tombe dans de nombreux souvenirs. C’est l’histoire d’une époque, d’un point de vue personnel, par des bouffées d’émotions, des grappes de souvenirs, des ambiances et des sensations. C’est… de la musique, quoi! Et l’auteur vous dirait que c’est par la musique qu’il faut commencer, et je suis d’accord - c’est un roman à lire en écoutant sa trame sonore, en prenant le temps de le poser et de plonger à notre tour à la fois dans la musique et dans nos propres souvenirs. Attention par contre je ne vous parle pas de nostalgie autant que d’empreintes, d’impressions, de ce sentiment qu’on a parfois quand une pièce musicale nous transporte vers un moment déjà vécu. Ce sentiment-là, le narrateur y plonge et nous y emporte, nous amène toujours plus profondément avec lui. Ça n’a rien à voir avec une odeur de poussière, car certains souvenirs restent nets, précis (j’ai envie de dire crisp, et je ne sais comment rendre autrement l’image que j’ai d’une journée froide d’hiver, quand le soleil, le ciel et la neige vous éblouissent et que l’air glacial vous coupe le souffle à vous blesser les poumons à force de les nettoyer, mais que tout est d’une pureté indicible), et ne sentent pas plus le renfermé que la musique ne vieillit.

Ceci dit, je ne sais pas comment font les gens qui écrivent des critiques littéraires pour gagner leur croûte. Savoir que l’auteur me lira… je craque. Ai-je bien rendu à quel point je l’aime? Comment vous expliquer que le roman est un univers jeune, mais ni puéril ni naïf? Que vous le refermerez en pensant que vous venez de voir un film, tant les images et la musique vous auront parlé? Que c’est une tranche de vie très particulière, à la fois très québécoise et très nord-américaine? Que son humour vous fera à la fois rire et grincer des dents? Que ce n’est pas dans la linéarité que l’on trouve ce qui est vrai, et que bon sang ça fait du bien de lire quelque chose de différent?

Paru le 17 octobre 2007 chez les Éditions Trois-Pistoles

Accro vinyle