Dupont, Sylvie et Germain, Catherine : Henry Morgentaler: entretien
Fascinante lecture de ce texte datant de 1975. Incroyable tout de même de se rendre compte qu’il a fallu un homme pour sortir l’avortement du Moyen Âge, tout simplement parce que les femmes médecin étaient extrêmement rares… et c’était il y a à peine trente ans. Que de chemin parcouru. Que de luttes à garder à l’oeil pour ne pas régresser lamentablement.
La religion juive était vue par mes parents, à ce moment-là, comme une force réactionnaire, une philosophie qui maintenait les masses populaires dans l’ignorance et qui les incitait à accepter leur sort sans se révolter, un peu comme la religion catholique. C’est le cas, d’ailleurs, de la majorité des religions qui sont alliées à l’État et qui ne prêchent pas la participation active ou la révolte des classes opprimées pour changer la société et lutter contre l’injustice mais qui, au contraire, encouragent l’acceptation d’un système injuste et sont, en ce sens, complices du pouvoir dans l’exploitation des masses opprimées. (…) Je pense que la religion catholique fut au Québec ce qu’a été la religion juive pour les masses juives en Pologne et en Russie : un facteur de stagnation, de résignation et d’acceptation du sort sans broncher et sans se révolter. Une autre analogie intéressante à noter est qu’une fois la religion rejetée, l’accent a été mis sur l’autre facteur d’identification, celui de l’identité nationale. Lorsque la religion cesse d’être un facteur d’identification, ce sont les valeurs nationales c’est-à-dire la langue et la culture qui deviennent prépondérantes.
Je tiens à dire que l’humanisme ne rejette pas a priori, dogmatiquement, tout ce qui vient de la religion; au contraire, il accepte les valeurs universelles que l’on retrouve dans toutes les religions, mais il rejette la spéculation, l’immaturité, l’infantilisme et tout ce qui est basé sur des notions erronées pré-scientifiques ou non-scientifiques, proches de la superstition : les préjugés sont souvent ancrés dans la tradition religieuse.
Étant donné que, suite à des relations sexuelles normales entre hommes et femmes, ce sont les femmes qui deviennent enceintes et non les hommes, les femmes doivent être protégées contre les accidents biologiques des relations sexuelles. Je pense qu’on ne peut pas parler de libération de la femme sans que cette dernière ait le droit et les moyens de déterminer le nombre d’enfants qu’elle aura et sans qu’elle soit assurée que si une grossesse non désirée survient, on pourra y remédier sans entrave légale. Cela s’intègre donc au mouvement général de libération des femmes à travers le monde, mouvement qui vise la levée de l’oppression de la femme et de sa dépendance biologique à son cycle reproductif. Si la femme est reconnue comme un être égal à l’homme, comme un être responsable, il est essentiel qu’elle ait le contrôle de sa fonction reproductrice et que ce contrôle soit reconnu dans les faits par l’État et par les organismes médicaux appropriés. (…) On sait, d’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, qu’à peu près cent mille femmes à travers le monde meurent chaque année par suite d’avortements faits par des charlatans. On compte par millions les femmes qui souffrent de lésions graves ou deviennent stériles par suite de ces avortements mal faits. Il y a aussi des femmes qui se suicident à la suite d’une grossesse non désirée.
Je ne suis pas pour l’avortement, comme certains le prétendent, comme je ne suis pas pour l’amygdalectomie ou pour la chirurgie du cerveau… je crois que toute femme a le droit de décider librement si oui ou non sa grossesse devrait continuer ou être interrompue. Et je pense que toute femme ou couple, devrait pouvoir agir en toute liberté de conscience et de religion, un principe reconnu, même par Vatican II et par la majorité des gens au Canada. Ce que je n’admets pas, c’est qu’une petite minorité assez fanatique essaie de faire accepter ses propres concepts dogmatiques et arbitraires à toute la population canadienne, par le truchement de lois qui affectent tout le monde, dans une société qui est pluraliste… où plusieurs groupes ethniques, linguistiques, religieux et philosophiques vivent ensemble et où chacun devrait essayer de respecter les opinions, les croyances des autres…
Puisque la différence biologique existe, puisque ce sont les femmes qui portent les enfants et qu’il ne peut pas y avoir d’égalité entre hommes et femmes à moins que la femme ait le contrôle de sa fonction reproductrice; eh bien! Il est normal que les femmes revendiquent le droit à la contraception et le droit à l’avortement médical sans danger.
Fascinante lecture de ce texte datant de 1975. Incroyable tout de même de se rendre compte qu’il a fallu un homme pour sortir l’avortement du Moyen Âge, tout simplement parce que les femmes médecin étaient extrêmement rares… et c’était il y a à peine trente ans. Que de chemin parcouru. Que de luttes à garder à l’oeil pour ne pas régresser lamentablement.
La religion juive était vue par mes parents, à ce moment-là, comme une force réactionnaire, une philosophie qui maintenait les masses populaires dans l’ignorance et qui les incitait à accepter leur sort sans se révolter, un peu comme la religion catholique. C’est le cas, d’ailleurs, de la majorité des religions qui sont alliées à l’État et qui ne prêchent pas la participation active ou la révolte des classes opprimées pour changer la société et lutter contre l’injustice mais qui, au contraire, encouragent l’acceptation d’un système injuste et sont, en ce sens, complices du pouvoir dans l’exploitation des masses opprimées. (…) Je pense que la religion catholique fut au Québec ce qu’a été la religion juive pour les masses juives en Pologne et en Russie : un facteur de stagnation, de résignation et d’acceptation du sort sans broncher et sans se révolter. Une autre analogie intéressante à noter est qu’une fois la religion rejetée, l’accent a été mis sur l’autre facteur d’identification, celui de l’identité nationale. Lorsque la religion cesse d’être un facteur d’identification, ce sont les valeurs nationales c’est-à-dire la langue et la culture qui deviennent prépondérantes.
Je tiens à dire que l’humanisme ne rejette pas a priori, dogmatiquement, tout ce qui vient de la religion; au contraire, il accepte les valeurs universelles que l’on retrouve dans toutes les religions, mais il rejette la spéculation, l’immaturité, l’infantilisme et tout ce qui est basé sur des notions erronées pré-scientifiques ou non-scientifiques, proches de la superstition : les préjugés sont souvent ancrés dans la tradition religieuse.
Étant donné que, suite à des relations sexuelles normales entre hommes et femmes, ce sont les femmes qui deviennent enceintes et non les hommes, les femmes doivent être protégées contre les accidents biologiques des relations sexuelles. Je pense qu’on ne peut pas parler de libération de la femme sans que cette dernière ait le droit et les moyens de déterminer le nombre d’enfants qu’elle aura et sans qu’elle soit assurée que si une grossesse non désirée survient, on pourra y remédier sans entrave légale. Cela s’intègre donc au mouvement général de libération des femmes à travers le monde, mouvement qui vise la levée de l’oppression de la femme et de sa dépendance biologique à son cycle reproductif. Si la femme est reconnue comme un être égal à l’homme, comme un être responsable, il est essentiel qu’elle ait le contrôle de sa fonction reproductrice et que ce contrôle soit reconnu dans les faits par l’État et par les organismes médicaux appropriés. (…) On sait, d’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, qu’à peu près cent mille femmes à travers le monde meurent chaque année par suite d’avortements faits par des charlatans. On compte par millions les femmes qui souffrent de lésions graves ou deviennent stériles par suite de ces avortements mal faits. Il y a aussi des femmes qui se suicident à la suite d’une grossesse non désirée.
Je ne suis pas pour l’avortement, comme certains le prétendent, comme je ne suis pas pour l’amygdalectomie ou pour la chirurgie du cerveau… je crois que toute femme a le droit de décider librement si oui ou non sa grossesse devrait continuer ou être interrompue. Et je pense que toute femme ou couple, devrait pouvoir agir en toute liberté de conscience et de religion, un principe reconnu, même par Vatican II et par la majorité des gens au Canada. Ce que je n’admets pas, c’est qu’une petite minorité assez fanatique essaie de faire accepter ses propres concepts dogmatiques et arbitraires à toute la population canadienne, par le truchement de lois qui affectent tout le monde, dans une société qui est pluraliste… où plusieurs groupes ethniques, linguistiques, religieux et philosophiques vivent ensemble et où chacun devrait essayer de respecter les opinions, les croyances des autres…
Puisque la différence biologique existe, puisque ce sont les femmes qui portent les enfants et qu’il ne peut pas y avoir d’égalité entre hommes et femmes à moins que la femme ait le contrôle de sa fonction reproductrice; eh bien! Il est normal que les femmes revendiquent le droit à la contraception et le droit à l’avortement médical sans danger.








