Chronique d’une mort douce
Voilà. Le moment est venu de vous parler du 25 octobre. Je me suis levée, pensant commencer ma routine matinale qui incluait de piquer l’oreille de Katcher, mon magnifique chat diabétique, pour connaître sa glycémie et lui donner de l’insuline. Depuis quelques jours, il mangeait moins, et c’était inquiétant. En même temps, on venait de changer de type d’insuline et il semblait mieux réagir, alors la situation pouvait changer n’importe quand. Au mois d’août, on avait reçu un diagnostic de diabète. Une semaine plus tard, Katcher avait une complication grave (une kétoacidose), qui détraquait tout son système. Trois jours d’hospitalisation chez le vété d’urgence, une facture salée, et mon amour est revenu chez nous, commencer son traitement. Or une masse poussait sous sa langue. Deux, en fait. Avec les antibiotiques, l’une a disparu. Après une analyse des cellules, on a essayé un autre antibiotique pour se débarrasser de cette chose qui pouvait en venir à le déranger, à l’empêcher de manger. Or la masse ne partait pas. Était-elle inflammatoire? On ne pouvait lui donner de cortisone, à mon diabétique. Était-elle en fait une tumeur? On ne pouvait pas le savoir, car on ne pouvait anesthésier un chat dont le diabète n’était pas contrôlé. On espérait donc en arriver à contrôler sa glycémie, pour passer aux étapes suivantes.
Alors je me lève le matin du 25. Katcher était couché sur le tapis du salon. Dès que je l’ai vu, j’ai su que ça n’allait pas. Je lui ai offert sa nouvelle bouffe, celle qui nous permettait de croire qu’il mangerait suffisamment tant il l’aimait. Depuis quelques jours, je cachais plein de gâteries dans ses croquettes, pour qu’il ait à fouiner pour les trouver et que ça stimule son appétit. Or, ce matin-là, une gâterie cassée devant ses narienes ne les faisait même pas palpiter. J’ai compris tout de suite. Mon bébé me disait, très clairement, maman, je t’en prie, je n’en peux plus. Maman, j’ai fait mon possible, je t’ai laissée tout essayer, mais je suis fatigué. C’est trop.
Quand Herb s’est levé, je lui ai dit que c’était aujourd’hui. Il a appelé son travail et pris la journée. J’ai appelé ma vétérinaire (la meilleure). J’ai appelé mon meilleur ami, qui a dit qu’il viendrait. Quand Petit Coco est revenu diner, nous lui avons annoncé. Il n’est pas retourné à l’école. Nous avons passé toute la journée avec Katcher, à le cajoler. Il ne ronronnait plus, ne buvait plus, ne pouvait plus faire ses besoins. Pourtant, il restait près de nous, ne se cachait pas pour être seul comme il le faisait depuis quelques jours. Il tenait aussi à nous dire adieu. Et puis voilà, en fin d’après-midi, dans les pleurs, mais aussi dans la paix et le calme, Katcher est mort, étendu sur moi, entouré de tous les gens qu’il aimait et qui l’aimaient. En tant qu’humain, on ne peut que rêver d’une mort aussi paisible, aussi belle et douce. J’ai la gorge nouée en écrivant ceci, mais pourtant je demeure sans aucune culpabilité, sans doute. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour Katcher. Je n’ai ménagé ni dépense ni effort, et j’ai frappé un mur à chaque tournant. J’ai été jusqu’à écouter son désir ou son besoin d’abandonner. Et j’ai compris depuis que Katcher, tout ce temps, m’avait donné la chance de voir si on pouvait le sauver, alors que lui aurait probablement souhaité abandonner plus tôt. C’est que ce chat-là m’aimait à l’infini.
Maintenant je m’ennuie. Pas des derniers mois, pleins de gestes médicaux et routiniers, peu agréables mais nécessaires. Je m’ennuie de mon gros chat qui se couchait en cuiller entre mes seins, mon bras entre ses pattes, ma main lui gratouillant la poitrine, ronronnant comme pas un. Je m’ennuie du gros matou qui avait compris qu’il devait attendre que je mettre une couverture entre ses griffes et moi avant de s’installer sur ma poitrine pour me déclarer son amour (Regarde Katcher : les étoiles! C’était ainsi que j’appelais sa couverture.). Je m’ennuie du roi de la maisonnée, de mon bébé avec qui j’avais développé une relation de tendresse intense, physique, puissante. Je m’ennuie de neuf années de bonheur. De sa présence insistante parfois, amoureuse toujours.
Nous sommes allés, lundi passé, enterrer Katcher à côté de Rimbaud, qu’il aimait tant, et de Tasha, qu’il n’a pas connue car elle est morte à peine quelques mois avant que mon meilleur ami me refile mon beau toutou. Son corps repose sous une magnifique plante à fleurs jaunes, dans un pays qui est le mien, dans une terre qui, si l’amour confère des droits, m’appartient d’une certaine façon. Mon deuil s’est fait en douceur et à l’avance, en frappant les murs et en voyant bien où la maladie nous emportait. C’est pourquoi je vais bien maintenant, pourquoi je ressens un certain soulagement. Qui n’emplit pas le vide chez moi, laissé par ce roi entre les rois. Mais qui, du moins, ne laisse pas un grand trou béant dans mon coeur. Le roi est mort. Vive le roi.
Je ne sais pas si j’oublie des choses que je voulais dire. Je ne sais plus. J’essaie de ne penser qu’au Katcher que j’ai tant aimé, et moins au Kachoumatou malade des derniers temps. Mon Kachoulou, mon homme, mon bébé, mon grand tigre d’amour. Je t’aime.













November 6th, 2007 at 11:55 am
J’ai l’air fin ; je pleure pis je suis au bureau…
November 6th, 2007 at 1:04 pm
Tiens, un homme bon à marier… ;-)