Réflexions de travail

Parfois, côté boulot, je suis un peu découragée. Il y a, d’un côté, des tonnes de gens qui ne savent pas écrire (mais allez leur dire!) ou qui ne savent pas organiser leurs idées (et alors j’ai peur d’aller voir chez eux, tant je ne comprends pas comment on peut fonctionner ainsi) et de l’autre, tout un tas de gens qui ne savent pas lire ou, alors, qui croient que n’importe qui (eux, pourquoi pas?) peut corriger un texte et le rendre bon, voire lisible. Je vois à la fois un besoin criant (hurlant, plutôt!) pour de la relecture et de la révision (sans parler de traduction faite dans les règles de l’art) et un manque de rigueur absurde, qui fait que le travail est confié à qui veut s’en occuper. J’ai vu aujourd’hui, par exemple, une offre d’emploi… on cherche un relecteur pour plusieurs publications, et on entend le payer 13$ l’heure. Pauvre jeunot qui accepte ça. Bien avant la reconnaissance financière, cependant, ce qui me froisse, c’est que bien des gens, bien des entreprises, ne comprennent pas que rendre public* un texte qui n’aspire pas à la perfection, c’est insulter le lecteur (lecteurs, indignez-vous! Plaignez-vous!). Il y a aussi des tonnes de gens qui se croient auteurs ou journalistes et qui ne peuvent écrire deux phrases sans qu’on les perde dans les bois de Charabia. Et avant que vous ne les lisiez, chers lecteurs, c’est une relectrice ou un réviseur qui passent à la hache et vous décortiquent la chose. Ou pas.

Ce qui me hérisse, au fond, c’est le manque de rigueur que je vois partout (probablement parce qu’il me hérisse!). Je le remarque dans les textes que je vois passer, parce que le langage est mon gagne-bagel (le pain, je le fais, je ne l’achète pas; il m’aurait donc fallu écrire « mon gagne-farine-levure-lait-en-poudre-beurre-sucre-sel-électricité », d’où le bagel. Vous voyez comme tout s’explique?). La langue devrait appartenir à tous, mais il faut d’abord se l’approprier. Et non, je ne vous parle pas du système d’éducation québécois! J’en suis sortie et je m’en sors encore, alors… Non, c’est plus généralisé qu’un cri de Québécoise désolée. C’est plutôt un découragement devant une évidence répétée mille fois: en anglais, en français, rares sont ceux qui savent écrire. Or, je ne voudrais décourager personne! Écrivez! Mais de grâce, reconnaissez vos limites, et par pitié, repoussez-les! (Me voilà encore, prêchant dans le vide le plus total imaginable, tentant de convaincre que faire un effort est, en soi, une bonne chose. Point.)
Je n’ai jamais compris que les élèves fassent des fautes. Même jeune, si je n’étais pas certaine de l’orthographe d’un mot… j’en utilisais un autre! Pas compliqué! C’est la même chose si vous êtes P.D.G. bardé de diplômes : il suffit de reconnaître ses limites (et j’ai une petite nouvelle pour vous : un Ph.D. n’a jamais donné d’esprit pratique à personne!) Tiens, il y a le manque de rigueur qui me turlupine, mais aussi le manque de honte, de honte toute simple. Car tous les anglophones que je révise, moi petite Québécoise francophone (mais plus bilingue que la plupart des gens que j’ai rencontrés), devraient, tout simplement, avoir honte de ne pas savoir quand écrire its et it’s. Les écoliers devraient avoir honte de se faire reprendre devant un si j’aurais. C’est tout bête, mais on a évacué la honte avec le crucifix, sans se rendre compte qu’elle pouvait être un moteur! La honte peut mener à la rigueur… (ou au désespoir, bien sûr (si du moins la honte vient d’une pression externe; c’est de honte interne que je vous parle, pourtant!). Je n’ai jamais cependant fait le choix de baisser les bras devant mes propres insuffisances, et je ne me prétends ni meilleure ni plus fine que vous. Alors… un effort? Juste le petit effort de connaître ses propres limites et de composer avec elles, sans s’en satisfaire? Oui, je sais… ça ne fera pas de vous une personne très gaie. Je le sais très bien. Au moins vous aurez été avertis.)

Je me questionne parfois sur l’avenir de ma profession. Pour la traduction, ça va, un logiciel n’est pas près de me remplacer. Mais pour la relecture? N’y aura-t-il bientôt que de mauvais auteurs et de mauvais lecteurs, se retrouvant enfin heureux dans leur médiocrité? La relecture sera-t-elle chose du passé simplement parce que tout le monde s’en sacre? Je pense à une blague dans Dilbert, dans laquelle il dit qu’un jour, il y aura un nom pour les gens qui, comme lui, maîtrisent les outils informatiques. Et Ratbert (sauf erreur) de lui répondre que oui, et que ce fameux nom sera secrétaires. C’est un peu comme ça que je me sens, parfois. Et l’expression (tirée de Renaud dans mon cas… oui, j’ai eu une drôle d’adolescence) qui me revient toujours en tête, ces temps-ci, c’est « C’est comme si j’pissais dans un violoncelle… »

* Voilà que vous épluchez ce blogue pour trouver des imperfections? Vous en trouverez. Et oui, ces textes sont publics. Mea culpa. Vous conviendrez cependant que le domaine public du blogue est plus restreint et moins agressif que celui qui place dans votre boîte à lettres des pubs et d’autres cochonneries… Caveat emptor, après tout.

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NOTE : J’ai modifié ce texte quelques heures après sa parution initiale. J’ai envie de le modifier encore. J’ai l’impression qu’il s’agit d’un embryon, pas d’un produit fini ou d’une réflexion achevée. Il est à prendre comme le brouillon, le tatonnement qu’il est.

4 Responses to “Réflexions de travail”

  1. bob august Says:

    Moi, j’ai juste le goût de lire et de relire toin texte encore et encore tellement il est vrai et… comment au passage, ça m’écorche un peu car je sais que mon français est loin d’être impécable.

  2. vieuxbandit Says:

    Mon but n’est pas de complexer personne! Écrire, oui, oser, oui. Mais savoir qu’avant de publier sur papier, sur une enseigne, etc., il faut faire relire si on n’a pas ces habiletés-là, il me semble que c’est élémentaire. Savoir, simplement, la qualité de la langue qu’on utilise et savoir quand il n’est pas souhaitable d’utiliser cette qualité-là, et aller chercher de l’aide. Et toujours vouloir s’améliorer. C’est tout ce que je souhaite! (De toute façon, avec l’orthographe simplifiée, tout va avoir l’air tout croche…)

  3. Alain Cliche Says:

    C’est vrai qu’on publie à peu près n’importe quoi. C’est aussi vrai que les gens font pas mal de fautes mais je suis mal placé pour les critiquer vu que j’en fais pas mal moi aussi. Moi, ce qui m’attriste le plus, c’est la stérilité des idées. On peut toujours améliorer, corriger et paufiner un texte. Mais quand il n’y a que du vide, même le meilleur correcteur n’y pourra rien. Je trouve que c’est le véritable drame. Publier des trucs vides et stériles. Mais là, on a un autre débat…

  4. vieuxbandit Says:

    Au contraire, tu es bien placé pour critiquer: tu as su faire passer ton manuscrit par bien des yeux et des stylos rouges avant de le déclarer final! Et tu as cette habileté de jouer avec la langue, qui prouve que tu la maîtrises, oublis et fautes ou pas.

    Le vide, les non-sens, les trucs vagues ou illogiques apparaissent tellement clairement quand on les traduit! Je me creuse alors la cervelle pour leur trouver un sens, les rendre valables, intelligents… parfois, c’est pure perte de temps. Souvent, par contre, c’est le moment de discuter avec mon client, qui est généralement très heureux de voir son texte d’origine s’améliorer.

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