40% de déséquilibre

Hier soir, grand soir : Herb et moi sommes… sortis! (Incroyable!) Nous sommes allés voir 40% de déséquilibre, de Système Kangourou au Théâtre la Chapelle. Je ne vous donnerai pas de liens aux critiques que j’ai lues dans le foyer avant le spectacle, parce qu’elles tombaient toutes à côté de la chose. Dangereuse, la première rangée? Allons donc! Oui il y a de la poussière, oui ça brasse, mais qu’est-ce que les journalistes sont frileux! (Dans une pièce de Wajdi Mouawad, au Quat’sous, j’ai reçu du (faux) sang, de la sueur et du jus de cornichons, hein, alors la poussière…!) Et les pauvres journalistes, que peuvent-ils faire devant une pièce sans récit, sans histoire, devant des personnages qui jouent le rôle des acteurs? Je vous dirais, plutôt que de vous décrire la pièce de théâtre-performance, qu’au lieu de nous raconter des histoires, ils nous plongent dans la vie. La vie, sans suite ordonnée, sans plan détaillé, souvent sans repères. Un couple dans la cinquantaine a gentiment avoué ne pas avoir compris le spectacle lors de la discussion qui a suivi. Ils se trompaient : ils avaient tout compris, tout, mais ils n’avaient pas les repères, pas les expériences de vie de quelqu’un de moins de 35 ans, qui gravite et plonge et flotte dans le vide entre toutes les possibilités et toutes les illusions. Si ce couple de spectateurs se sentait perdu, c’est que le message a passé, puisque c’est justement ce rythme effréné, ce décalage entre le désir et le possible, cette fragmentation de tout dans lesquels nous naviguons à qui mieux mieux. Les limites sont toutes discutables, et les créateurs le savent. Ils font tomber le quatrième mur et se retrouvent devant un public qui veut crier OUI quand on lui demande de prendre une jeune femme dans ses bras, mais qui se tait, par peur d’ingérence, par peur de s’impliquer (tiens, ça me fait penser à la vie…). Je pourrais vous décrire le spectacle, vous parler d’énergie, de sauts, de fracas et d’éclats, mais ce serait oublier la douceur et la douleur toutes humaines qui ressortent des images et des vérités à demi exprimées. Une spectatrice, après la pièce, a dit son émoi, à 24 ans, d’avoir vu un spectacle qui, enfin, lui parlait directement. Six ans plus vieille, je me disais un peu la même chose. Pourtant, ça n’a rien à voir avec l’âge et tout avec la sensibilité, et ce qui ressort, finalement, c’est à la fois la douleur et le grand bonheur de vivre et de déchiffrer en défrichant.

Je m’étonne toujours de l’étonnement des gens devant le théâtre non traditionnel. Des trucs étranges, j’en ai vu. Je les recherche, sans doute, par affinité. (Oh, j’aime aussi le théâtre traditionnel, et j’ai tout fait pour voir un Molière à la Comédie française.) Mais devant l’étonnement de tous, il est flagrant que nos créateurs ont besoin d’aide! D’argent sans doute, mais d’un public avant tout. Ce sont des oeuvres comme 40% de déséquilibre que devraient voir les jeunes étudiants, pas les pièces moralisatrices incluant condom et banane! Pas que ce soit une pièce pour ados, comprenez-moi bien! Les abonnés en chapeau de fourrure du TNM, à 45$ le billet devraient aussi faire un tour du côté de la création folle, briser les barrières de leur culture. Le théâtre, les cocos, il faut que ça brasse, que ça dérange, que ça explose! La catharsis ne se produit que quand des créateurs vont au bout de leur création. Ne serait-ce que pour cela, je serai aux prochains rendez-vous de Système Kangourou!

6 Responses to “40% de déséquilibre”

  1. bob august Says:

    @ vieux
    > Des trucs étranges, j’en ai vu.
    je l’avoue, ce n’est pas mon cas. J’aime le théâtre « classique »*, que je fréquente en moyenne quatre fois l’an. J’ai quitté une seule fois en pleine représentation - j’ai supporté l’insupportable jusqu’à l’entracte, ce que bien des gens devant et derrière moi n’ont pas fait. Je m’en souviens encore : Le Roi Lear de Shakespeare, avec Jean-Louis Roux. C’était allé trop loin dans l’imaginaire-fuké pour moi.
    J’admire ta force (si ! si !) et ton ouverture sur la différence au théâtre.
    ___
    * J’ai vu « Les Bonnes » de Genet, chez Prospero en 2001(?). Ma période « classique » est tout de même très élastique ;-)

  2. vieuxbandit Says:

    Faut dire que j’ai étudié en théâtre un an. Faut dire aussi que je suis comme ça: je prends des chances, et parfois je suis déçue (Les Troyennes avec les mecs en manteau de cuir, j’ai trouvé ça tellement nul), mais ça vaut les fois où j’ai des révélations immenses. Au festival de théâtre des Amériques, j’ai vu des pièces en plein de langues: c’est magique. Le pire qui peut arriver c’est de perdre quelques dollars et un peu de temps, mais à tout prendre on y gagne - on y gagne d’apprendre exactement ce qui nous déplaît ou ne nous touche pas. Je suis difficile aussi: même si j’aime une pièce je peux généralement y trouver des points faibles (mais je ne vais pas en faire la liste si ça va décourager des gens de tenter l’aventure! Surtout que je suis pointilleuse…).

    C’est comme en arts visuels. On commence par ce qui est accessible, mais si on aime, l’accessible ne suffira plus, et on passe des impressionistes aux plus modernes. J’ai assité à toutes les productions du TNM pendant deux ans (il y a longtemps), et ensuite, les grosses productions soignées, proprettes, à gros décors souvent inutilisés, je n’en pouvais plus! (Ça n’empêche pas que j’y ait vu de très bonnes pièces très bien rendues.) Oh, il y a des gens qui seront toujours heureux chez Duceppe, et tant mieux! Mais on peut aimer les trucs traditionnels tout en ayant la joie de découvrir le plus éclaté, voire la création, voire le multidisciplinaire. Les deux mondes ne s’excluent pas, et c’est ce que je voudrais que tout le monde sache.

    Tu vas au théâtre quatre fois l’an? Fantastique! Ajoute une seule autre fois par année, et va voir quelque chose que tu ne connais pas du tout, dans un endroit étranger, et tu y es. Cette force et cette ouverture, tu les as aussi! Les trucs plus “alternatifs” sont souvent peu chers, et les créateurs se donnent à fond, ce qui en soi fait un spectacle d’un intérêt certain. Ça peut même être gratuit: vive les maisons de la culture (où je me suis un jour tapée une pièce d’amateurs du 3e âge, une création d’un éberlué qui faisait jouer des adolescentes timides à des dames de 70 ans… le mal de tête que j’ai eu, je te dis pas! - tu vois, au pire ça fait de bonnes histoires à raconter!)!

  3. bob august Says:

    > On commence par ce qui est accessible,
    > mais si on aime, l’accessible ne suffira plus
    Je ne pourrais être plus d’accord avec toi ; je ne pensais pas un jour aimer la musique dite du XXe siècle dans la musique dite « classique ». Mais aujourd’hui, je ne pourrais concevoir mon univers musical sans Dmitri Chostakovitch, Aaron Copland, Walter Boudreau, Benjamin Britten, Max Reger, sans compter Philip Glass, Steve Reich, Keith Emerson…

    > et va voir quelque chose que tu ne connais pas du tout
    J’ai fais ça avec « Les Bonnes » de Genet - que j’ai adoré. J’ai aussi « risqué » au TNM (un bien petit risque tu l’avoueras) « Hamlet » avec Charles Berling - traitement moderne de l’histoire de Shakespeare avec des nazis qui à la fin, trucident tout le monde avec des mitraillettes ;-) Quelques autres aussi…

    > dans un endroit étranger,
    Je vais suivre tes conseils de vieux bandit ;-)

  4. vieuxbandit Says:

    > Je vais suivre tes conseils de vieux bandit

    Ah ben! Enfin quelqu’un qui comprend! Ça irait tellement mieux dans le monde si tout le monde m’écoutait! :-)

  5. bob august Says:

    :-))))))))

  6. stacey Says:

    je sohate je comprende

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