Pendant ce temps-là, dans les gradins des Jeux de Montréal…
Conversation calme entre deux garçons d’environ sept et neuf ans, tous les deux à la peau (dite) noire, entre deux épreuves des Jeux de Montréal. Ils vivent dans le même arrondissement de Montréal, mais ne se sont rencontrés que par les Jeux.
- Tu viens d’où, toi, d’Afrique?
- Non, d’Haïti.
- Mais… tu es né en Haïti, ou ici?
- Je veux dire que je suis d’origine haïtienne, mais je suis né ici. Toi?
- Moi aussi je suis d’origine haïtienne, mais je suis né ici.
Ben voilà. Les enfants sont curieux, et ils comprennent parfaitement qu’exprimer sa curiosité, ce n’est pas affirmer que l’autre est étranger. Ni l’un ni l’autre ne souhaitait juger ou se mesurer, ils ne faisaient qu’échanger leurs origines plurielles de petits Québécois. Franchement, je ne vois pas pourquoi ce serait plus compliqué que ça (ce sont les adultes qui compliquent tout et veulent en imposer aux autres, vous me direz…). Né ici, né ailleurs, c’est une question d’identité et d’histoire personnelle qui a son importance, mais qui ne s’oppose pas du tout à la réalité de leur identité québécoise (leur *ici* en disait long!). Au contraire, elle l’enrichit.













April 6th, 2007 at 9:40 am
@ Vieux
> ce n’est pas affirmer
> que l’autre est étranger.
Tu vois bien que la notion de l’autre et de l’étranger est partout ;-) Non, blague à part, la question identitaire est, je le crois, profondément enracinée en nous et ce, peu importe que nous soyons de Tombouctou ou de ville d’Anjou. Non seulement nous avons besoin de savoir d’où nous venons mais aussi d’où viennent les autres. C’est sans doute une espèce de « mesure », d’échelle (de valeur ou autre). Une façon de savoir si nous somme de la même « famille ». D’ailleurs tu remarqueras qu’après le fameux « d’ou tu viens » c’est le « qu’est-ce que tu fais dans la vie » que nous demandons. Je pense que c’est, encore une fois, une espèce d’échelle de valeur, de comparaison. Et je crois que nous, adultes, mettons trop d’efforts à savoir d’où viennent les autres, ce qu’ils font dans la vie, etc. Je crois que ça fausse parfois les rapports avec les autres. Tu sais, moi, ça m’importe peu de savoir que tu es serveuse dans un « greasy spoon » ou biochimiste. Dans un cas comme dans l’autre, tu aurais toujours quelque chose d’intéressant à raconter. La grande différence tient sur les chemins empruntés.
Bref, toute cette poutine pour dire que j’existe par l’autre et en l’autre. Et que sans l’autre, ben je n’existerai pas. Je ne pourrais pas me définir comme individu.
Je viens de me relire : je crois que j’ai besoin de reprendre du café – ou bien c’est de me retrouver en congé aujourd’hui qui me trouble à ce point ;-)