Responsabilité

Pouvez-vous m’expliquer comment nos rues et nos ruelles se retrouvent avec cet air-là? M’expliquer autrement que par l’explication qui saute aux yeux, qui est simplement que chacun de ces déchets a été jeté, échappé, lâché par un humain qui en a fait le choix? Disons que de petits animaux ont joué dans les sacs poubelle et ont causé, disons, 10% des dégâts. Disons qu’un autre 10% de ces déchets a été jeté par mégarde ou a été causé par un accident — une journée de recyclage par grand vent, un papier qui s’envole et qu’on ne peut rattraper, etc. Ça laisse 80% des cochonneries sur le sol qui ne proviennent que du manque de civisme et de respect des gens (l’école du bout de la ruelle me donne envie de blâmer les ados, mais quand j’étais ado jamais je n’aurais fait ça, alors je laisse tomber le préjugé!)!

Je ne comprends pas. Oh bien sûr, un jour une équipe de cols bleus passera par là et fera le gros du boulot. Et puis après? Savoir que quelqu’un d’autre ramassera vos déchets ne justifie rien! Comment font tous ces gens pour vivre sans jugeotte? Au moment où le déchet quitte la main, comment font-ils pour ne pas penser plus loin?

Je vous demande de m’expliquer, très simplement, parce que je regarde tous ces tas et je me gratte la tête. J’aimerais comprendre, avant de trouver, peut-être (qui sait?) un début de solution. C’est peut-être à cause de mon point de vue? Je n’ai aucun problème avec la responsabilité. J’assume même celle d’avoir pris la photo plutôt que d’avoir ramassé (par contre, je ramasse devant mon dépanneur favori, et je donne les déchets à la gentille dame, qui comprend bien ma frustration). Je suis consciente que chaque sou dépensé engage ma responsabilité entière, et si je choisis (car oui c’est un choix, l’avez-vous oublié?) d’utiliser un contenant jetable, ma responsabilité s’étend au moins à m’assurer qu’il soit jeté dans un endroit approprié. Chaque bout de papier que j’utilise, chaque emballage, chaque article que je possède devient ma responsabilité. Ce n’est pas une charge, une torture, c’est simplement un fait. …Non?

J’ai pris ici ces déchets dans une ruelle comme exemple, mais la situation qui me turlupine est beaucoup plus vaste. La tendance générale semble être que si on peut s’échapper de ses responsabilités sans se faire prendre, il est bon de le faire, et le plus souvent possible. Un homme se fait battre en plaine rue, aucun témoin n’appelle les services de secours (ma rue, la semaine passée). La poubelle publique est trop loin, je vais simplement laisser tomber mes déchets. La neige recouvre la merde de mon chien, alors pourquoi la ramasser? De la glace dans l’escalier commun? Mes voisins vont s’en occuper.

La paresse, je comprends. J’y vois même un idéal parfois, tant il est éloigné de moi! Mais le refus de faire ce que dois, non pas ce que d’autres disent de faire et peuvent vérifier, mais ce que chacun, s’il se pose la question, sent et sait qu’il doit faire, ça… Je voudrais qu’on m’explique (d’ailleurs, polluer par paresse est un non-sens, puisque régler le problème demandera des efforts bien supérieurs! Mais probablement pas à la même personne… c’est de l’égoïsme, alors?). Parce que je suis solitaire et parfois asociale, mais que pourtant je ne peux oublier que nous vivons en société et que si chacun ne fait pas ce qu’il a à faire, on va toujours et encore se retrouver dans la crotte. Parce que les efforts requis sont si minimes que je ne vois pas comment on peut les refuser.

Je n’ai pas toujours envie de préparer mon bac de recyclage et, à tout prendre, je n’ai pas toujours envie de préparer le souper. Sauf que je sais que je le dois. Alors je le fais. Compliqué? Non. Ça me demande simplement d’être adulte, de ne pas tourner cette histoire en récit de victime (pauvre moi! personne ne fait le souper!), et d’assumer mes choix. Je le fais parce que ça doit être fait et que je peux le faire, point! Voilà ce que je ne comprends pas… Comment ces choses peuvent-elles me sembler l’évidence même, alors que j’ai l’impression de parler (je ne prêche pas, tout de même!) dans le désert?

6 Responses to “Responsabilité”

  1. bob august Says:

    Je suis tout à fait d’accord avec toi et je me pose essentiellement les mêmes questions que toi. En fait, tout ça se résume en une seule question : Pourquoi ? Pourquoi, en 2007, avec TOUT ce qui se dit et s’écrit sur l’environnement, existe-t-il des situations commes celles que tu décris ? Encore une fois c’est sans doute la faute de L’AUTRE - jamais de soi. Mais c’est qui L’AUTRE ? Les “zimmigrés” ? Les “pôvres” ? les “jeunes drogués” ? les “Vieux qui s’en criss” ? Les 450 adequiss” ? Je pense que L’AUTRE c’est vous, c’est toi, c’est moi…
    Nous n’avons pas de cueillette de recyclage où je boss, alors je rapporte mes contenants vides, sacs de papier, de plastics, etc. chez moi. Pas grand monde pour m’appuyer - je crois même entendre des rires dans mon dos. Mais je m’en fous pas mal.

  2. vieuxbandit Says:

    Ben voilà. L’autre, c’est moi! (Et je suis tannée de ramasser!) Belle question, quand même. Je me demande si on n’est simplement pas faits pour vivre aussi tassés, si on n’exagère pas avec nos villes, qui font qu’il y a tant d’”autre” que l’autre n’a plus de visage. Mais bon, c’est sans doute une simplification désastreuse du problème (et pour avoir grandi à la campagne je sais que les campagnards ne font pas plus attention que les citadins…).

    Y a comme un refus (global, lol!) de prendre nos responsabilités. Quand j’explique pourquoi je boycotte Wal-Mart, je me fais répondre que “oui mais c’est moins cher et on trouve tout”. Parce que mon interlocuteur n’a pas perdu son petit commerce, n’a jamais été traité comme un sous-humain en tant qu’employé, n’a pas vu sa ville se walmartiser. Les gens ne se sentent pas concernés. Pourtant moi, qui ne connais personne vivant à Jonquière, et qui ai une opinion tergiversante sur les syndicats, je boycotte Wal-Mart parce que des gens, des Québécois, des humains, des travailleurs se sont faits gifler par une grosse corporation, et que cet affront mérite une réponse. Ça me concerne parce que ça se produit. Pendant que je vis. Sur la même planête que moi. Comme ça me concerne quand l’Alberta détruit sauvagement sa nappe fréatique. Comme ça me concerne quand un homme se fait battre en pleine rue en plein jour.

    Oh, je ne peux pas tout régler, bien sûr! Peut-être même rien! Et je ne suis pas parfaite non plus. Mais je ne comprends pas qu’on n’arrive pas, collectivement et individuellement, à faire tous le strict minimum. On ne parle pas de lois, ici, mais de simple respect - de soi, et de l’AUTRE… ce fichu autre.

  3. vieuxbandit Says:

    Woah - tu travailles dans des archives et il n’y a pas de recyclage??????????? AAAAARGH!

  4. bob august Says:

    @ vieux-Bandit
    >tu travailles dans des archives et
    >il n’y a pas de recyclage
    Ouaip ! C’est horrible je sais. Imagine, j’ai réussis - et je sais pas trop encore comment (lol) - à faire accepter que nos documents « sensibles » et destinés au déchiquetage soient aussi… recyclés. Disons que certaines personnes ici pensent encore qu’il est possible de « lire » l’information à partir de papier recyclés. Sans doute des lecteurs de mauvais romans d’espionnage ;-)

    >je ne peux pas tout régler, bien sûr!
    Et personne n’est tenu de tout régler. L’important je crois, c’est de faire son petit bout de chemin. Tous ensemble. Et ne pas dénigrer les gestes isolés - comme de rapporter chez-soi plastique et autres matières recyclables s’il n’y a pas de recyclage dans son milieu de travail. Ça et pleins de petits gestes simples comme d’éteindre votre ordinateur en quittant le bureau - vous le faites bien chez-vous, pourquoi pas au bureau ? Même chose avec les néons dans votre bureau, etc.

    >je ne suis pas parfaite non plus
    Personne ne l’est. Et parfois, nous aimerions en faire plus, mais nous ne pouvons pas. Un exemple : depuis que je suis citadin (une dizaine d’années maintenant), je n’ai plus accès au compostage. Avoue que pour un végétarien*, il y a quelque chose de frustrant de devoir jeter toute la matière « compostable » au rebut alors qu’il serait si simple de le déposer dans un composteur.

    Au fait, on me demande parfois pourquoi j’ai quitté le « mythique » et « merveilleux » plateau Mont-Royal. Une des raisons c’est la malpropreté grandissante. Si ! Si ! Et ô coïncidence, dans La Presse de ce matin, il y a une photo très éloquente. Et j’habitais justement là où fut prise la photo !
    Photo et article ici :
    http://www.cyberpresse.ca/article/20070405/CPACTUALITES/704050532/1019/CPACTUALITES
    ____________
    * c’est un de mes défauts. J’en ai quelques autres encore, n’ai crainte ;-)

  5. vieuxbandit Says:

    Une amie m’a dit qu’à Moncton il y a une collecte pour le compostage comme celle du reclyclage - je trouve ça génial, brillant, logique, merveilleux! J’attends d’avoir les détails avant de me réjouir trop vite, mais je sais qu’au jardin communautaire où j’aurai mon petit lot, il y a un bac de compostage. Je le ferais bien moi-même sur mon balcon mais… ensuite? Je n’ai qu’un balcon!

  6. bob august Says:

    @ Vieux
    Ça existe déjà au Québec… À Sorel si je me souviens bien. Et c’est la municipalité qui a payé pour les bacs de compostages mobiles. Le contenus du bac est ramassé une fois semaine.

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