Nombril

Petit Coco m’a invitée au théâtre samedi. Son école fait partie d’un programme en collaboration avec la Maison théâtre. D’abord, un mot. J’ai avec le théâtre pour enfants une relation qui ressemble à celle que j’ai avec la littérature pour enfants. C’est à dire qu’en principe, je trouve ça magnifique et merveilleux, mais que quand j’étais enfant, tout ça tombait à plat. Je lisais des livres pour adultes, peu de livres pour enfants, qui ne duraient pas assez longtemps et qui me lassaient rapidement. Côté théâtre, je n’ai pas aimé les pièces qu’on nous a fait voir, en salle ou à l’école. J’imagine que c’est justement parce que je lisais mieux et davantage que les enfants typiques de mon âge, mais les pièces me semblaient toujours s’adresser à des élèves beaucoup plus jeunes que moi (comme les livres), et je m’y emmerdais considérablement. Ce qui ne m’a pas empêchée de découvrir le théâtre dit pour adultes plus tard, d’adorer ça et même d’étudier en théâtre par la suite. Adulte, j’ai redécouvert la littérature pour enfants et j’y ai trouvé des trésors d’imagination et de folie. Je n’étais pas, par contre, retournée au théâtre pour enfants. Samedi, j’y allais un peu à reculon, surtout pour lui faire plaisir et pour tenir ma promesse (et en partie parce que, je l’ai toujours dit, je vais voir n’importe quoi si on me donne le billet). Quand j’ai vu l’affiche qui disait que la pièce, Nombril, s’adressait aux 3 à 8 ans, j’ai eu peur qu’il ne s’emmerde éperdûment!

Eh bien… jamais je n’avais autant aimé une pièce pour enfants! Aucune parole, que de la musique et des sons, ce qui convient parfaitement à une salle remplie d’enfants qui, dans le meilleur des cas, chuchottent. Deux marionnettistes de génie, deux jambes, un tronc, deux bras, une tête, et un bébé est assemblé, et devient, devant nos yeux et par leur art seul, un vrai bébé, touchant, attirant, bougeant exactement comme un vrai poupon. Un bébé devant un grand combat, qui doit dompter son (magnifique) dragon intérieur. Tout se fait par la magie - les ombres, le mouvement, la vie, et tout se laisse deviner en images, en touches de couleur, en grognements et en rires. C’est un spectacle poétique, drôle, magnifique. (J’ai eu un peu peur que l’essentiel de l’histoire n’échappe aux jeunes spectateurs, mais la Masion théâtre connaît son affaire et va dans les classes avant le spectacle. D’ailleurs, dès l’entrée, on y accueille d’abord les enfants, et ensuite les adultes, ce que j’ai trouvé particulièrement sympathique!) Je me suis prise, comme quand je lis des livres pour enfants, à me demander pourquoi les adultes n’ont pas droit à toute cette magie (c’est qu’ils y résistent trop!). Je me suis prise aussi à écarquiller les yeux devant tout ce talent explosif des créateurs pour enfants, qui n’ont de limite que l’imagination sans bornes des petits, qui partent de rien et créent tant. En fait, j’ai pensé à Robert Lepage, qui est l’un des seuls créateurs (que j’ai vu, bien sûr) à oser le technique, à faire tomber le quatrième mur, à jouer plusieurs personnages en faisant confiance à son public. Pour les enfants, tout ça est évident. Quelle liberté! Quelle création vraie!

Nous sommes sortis de là tous les deux enchantés. Petit Coco applaudissait encore, disant que ses mains ne pouvaient s’arrêter. Je l’ai remercié de m’avoir invitée, il m’a remerciée de l’avoir accompagné, et je me suis promise d’y retourner. Quant à vous, vous avez jusqu’au 7 avril pour aller revoir ou découvrir le talent fou d’Hélène Ducharme et de Jean Cummings, du théâtre Motus. (Et puis je ne le savais pas, mais c’est un ami d’un ami qui a écrit la musique!)

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