Tapettes et champagne

Franchement, la question se pose. Non pas « À Jonquière, pensez-vous que quand vous arrivez avec un autre homosexuel, vous n’allez pas vous faire poser vraiment la question: “Coudonc, le Parti québécois, c’est-tu un club de tapettes? », mais on peut se demander si des gens sont assez rétrogrades pour croire que l’orientation sexuelle de quelqu’un d’autre les regarde d’une façon ou d’une autre (Un club de tapettes? Êtes-vous dans un club d’hétéros, vous?). Visiblement, ce monsieur Champagne est suffisamment confus pour cela. Et il en rajoute! « l’incident des “tapettes” n’est qu’anecdotique et, vous l’aurez bien compris, oser soulever la question incluant ce mot et soulevant la possibilité que les travailleurs de ma région n’ont pas la même pensée rose bonbon à propos des homosexuels que les artistes du Plateau équivaut à un sacrilège pour une certaine intelligentsia. Poser un tel type de question est devenu un “crime contre l’humanité” passible de lynchage public immédiat ».

Pauvre homme. Pauvre, pauvre petit animateur de radio dont la liberté d’expression a été baffouée (et qui n’a vraisemblablement jamais vu de lynchage…). Oh — attendez donc un instant… Attendez que je regarde dans ma Charte des droits et libertés de la personne résidant sur le Plateau : ah ben, regardez donc ça… l’orientation sexuelle fait partie des motifs de discrimination (oui oui, juste sous le titre, là, celui qui dit Discrimination interdite…). Tout simplement parce qu’en tant que peuple et que société, nous avons décidé, choisi de la protéger, de la respecter. Pensée rose bonbon? C’est vrai que c’est plutôt naïf, n’est-ce pas, monsieur Champagne, de penser que de simples travailleurs peuvent être respectueux, sensés, réfléchis, ouverts? Et il n’y a aucun mépris à affirmer vous-même que vos auditeurs sont des crétins finis, incapables de voter sans penser à où le candidat peut bien mettre sa quéquette le samedi soir venu…

Oh, la question se pose. Tout comme elle se pose quand les gens choisissent de ne pas voter pour une femme parce qu’elle est femme, pour une personne ayant une peau qui s’éloigne du Prismacolor couleur peau. Ce n’est pas une question de Plateau ou pas Plateau, d’urbanitude ou de régionitude (comme si la tolérance et l’égalité étaient nées en ville!). C’est une question d’ignorance crasse. Un préjugé, monsieur Champagne, c’est une tache en forme d’ignorance. Vous avez bien exprimé la vôtre, mais je suis plutôt mal à l’aise avec votre façon d’en couvrir comme d’un édredon une ville entière. Parlez en votre nom, et en votre nom seul. Alors je trouverai que votre ignorance est à tout le moins honnête. Bête et bornée, mais honnête. Et, bien sûr, vous avez le droit de l’exprimer, tout comme le reste de l’Univers a le droit, une fois votre opinion exprimée, de s’en moquer ou de la décrier. Bien entendu, vous avez aussi le droit de tenter de mettre un frein à l’ignorance, plutôt qu’un boulet.

En passant, monsieur Champagne… le Plateau est maintenant bien trop cher pour la plupart des artistes. Vous y trouverez des familles aisées, des professionnels, des étudiants, des baby-boomers, des immigrants… bref, vous y trouverez un éventail de Québécois tous très différents. Qui, comme ceux d’ailleurs, je l’espère, vont voter selon leurs convictions (leurs peurs, leurs besoins, leurs amitiés, leurs intérêts, que sais-je, mais, espérons-le, pas selon des préjugés éculés et grossiers, qui ne nous mèneront nulle part!).

3 Responses to “Tapettes et champagne”

  1. Hugo Cyr Says:

    M. Champagne s’entendrait peut-être mieux avec certains militaires américains… Voir http://c1blog.blogspot.com/2007/03/un-chef-dtat-major-amricain-juge.html

  2. bob august Says:

    Plus que de me mettre en “criss”, l’attitude des Champagne et autres “tatas” du même genre m’attriste. Énormément. Vieux bandit, ne cessons jamais d’être indigné devant l’attitude crasse des Champagne et aitres “tatas”. Tu as raison d’être en colère.

  3. vieuxbandit Says:

    Ça m’attriste doublement, parce qu’un ignorant a accès aux ondes, et qu’au lieu de s’en servir pour disperser l’ignorance, il en rajoute. Oh, il est loin d’être le seul… Suis-je la seule à entendre, quand Boisclair parle d’éducation pour contrer la pauvreté, qu’il ne parle pas seulement de pauvreté économique, mais également de pauvreté d’esprit (qui est bien plus grave et insidieuse), qu’il ne parle pas seulement des écoles mais d’Éducation? Je ne le prends pas pour un messie, mais à ce sujet, je sens qu’il est sur la bonne piste, alors qu’on oublie de l’écouter sous prétexte qu’il aime les hommes…?!

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