Chiâlage et repentir

Je suis chiâleuse, je le sais, c’est vrai, je l’admets, voilà, c’est dit. Par contre… l’avez-vous remarqué? Il est un sujet sur lequel jamais je ne vous livre de plaintes et de désespoirs. Un sujet qui fait grincer des dents et gémir de détresse, oh, disons une bonne partie de la population. Vous devinez? (Si vous donnez votre langue à mes chats, attention : j’aurai besoin d’un certificat médical avant de la diviser en cinq! Aucune chance à prendre!) C’est l’hiver. J’aime l’hiver. Le froid, la neige, tout. J’aime faire de la raquette, j’aime me rouler dans la neige, faire des bonnes femmes de neige (je leur ajoute des seins), construire des forts, voir mon souffle se vaporiser, me couvrir de mille pelures, être au chaud, enfin, au retour, et regarder la neige tomber, avec, pourquoi pas, un feu de foyer tout près. Autant je me meurs dans les chaleurs soporifiques de juillet, autant j’ai d’énergie une fois la neige revenue. Cette année, elle m’a bien eue. J’ai cru un moment que je devais de toute urgence me procurer le DVD de La guerre des tuques, question d’être certaine de pouvoir montrer à mes futurs enfants… de la neige. D’accord, je n’ai plus de voiture à sortir du gouffre blanc, mais je l’ai fait durant plusieurs années. D’accord, je n’ai plus d’allée à pelleter, mais ça aussi, je l’ai fait longtemps et souvent, et sans me plaindre (j’aime aussi jouer du râteau sur les feuilles mortes!). Non, désolée, rien ne me fera me plaindre. Je suis la fille de parents qui, parfois, revenaient à la maison pour trouver un mètre de neige et qui, plutôt que de soupirer, sortaient les bagages de la voiture et les trimbalaient à l’intérieur, nous faisant un passage de nos membres, avant que mon père ne sorte le tracteur et ma mère la grosse pelle à neige. Je suis d’un pays où les toits devenaient accesibles pour les aventuriers des glaces, où la patinoire s’ouvrait tous les midis dans la cour d’école, où quand une tuque ou une mitaine est trempée, on va en chercher une autre et on re-sort en courant, où on ne rentre que lorsque plusieurs orteils et plusieurs doigts refusent de répondre à l’appel, et encore, seulement le temps d’avoir chaud. J’ai peu de souvenirs aussi heureux que mes glissages dangereuses, que mes sorties dans mes bancs de neige la nuit tombée, que mes igloos monstrueux et mes forts en série. L’hiver faisait sa propre architecture, son propre paysage, et mes joues en rougissaient de joie. Encore aujourd’hui, mon identité québécoise (oh les vilains mots) est indissociable de l’hiver, du froid et du givre. Vivre sans hiver? Peut-être un an, si je n’avais pas le choix. Davantage? Je n’en mourrais sans doute pas, mais mon moral en prendrait toute une claque.

One Response to “Chiâlage et repentir”

  1. Éric Says:

    Je suis tout à fait sur la même longueur d’ondes que toi.

    Même être pris dans le trafic à cause d’une tempête de neige,ça me dérange pas, on est tous dans le même bateau, ça nous donne juste un peu plus de temps.

    Et justement, ce matin avec ce froid glacial, j’appréciais enfin l’air glacial qui a gelé l’intérieur de mon nez!

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