Tout ou rien (parfois la différence est mince)

Lors de notre souper de Nowel en famille (lire avec ma mère et son semi-conjoint (il loue l’appartement du haut du duplex de ma mère, et ils ont chacun leur espace, donc ne sont pas conjoints au sens juridique)), quelque chose s’est produit. Oh, ça n’a duré qu’une minute et ensuite ce fut oublié (ou tout comme… plutôt tout comme). On mangeait. J’étais à un bout, ma mère à l’autre et les hommes aux milieu. Tout d’un coup je vois ma mère pâlir, et ouvrir grand les yeux. Je ne me souviens pas m’être levée mais en un instant j’étais à côté d’elle. Maman, maman, est-ce que tu t’étouffes? J’avais bu plusieurs verres de vin, mais y a pas à dire, la formation répétée en secourisme me va comme un gant; j’étais calme et très alerte. Avant qu’elle n’ait pu me répondre, son conjoint lui a tapé dans le dos (chose à ne pas faire, foi de secouriste!) et elle pouvait parler (la claque n’a rien eu à voir là-dedans). Ce n’était pas un étouffement – rien de coincé, pas de lèvres bleues ou de signe international de l’étouffement (vous ne le connaissez pas? Aucune importance, car vous le ferez instinctivement si vous vous étouffez vraiment!). C’était autre chose (ma mère a promis d’en parler à son médecin), comme si quelque chose dans sa gorge (oesophage, whatever!) avait simplement cessé brièvement de répondre à son cerveau. Cela lui est déjà arrivé, une fois, et elle était tombée dans les pommes et tombée tout court. Son conjoint (il habite en haut, je vous l’ai dit!) l’a entendue atterrir et l’a secourue (enfin, s’est assuré que tout allait mieux). C’est tout. Rien comme une crise cardiaque de mononc’ ou comme un jeune enfant qui tombe d’une échelle (c’est arrivé il y a longtemps dans ma famille, un Jour de l’an, quand nous faisions encore un gros party à la taverne, louée pour l’occasion, où travaillait mon oncle. Un bambin était tombé de l’échelle menant au poste du DJ. Un départ pour l’hôpital, ça vous casse un party.) Rien qu’un frisson de terreur. Oui, bon, je suis contente de ma réaction, qui m’assure une fois de plus qu’en cas de catastrophe imminente je suis d’un calme à toute épreuve. Mais c’est de ma mère que je parle! Calme en apparence ou non, cette minute a duré pour moi une éternité. Ma mère moins que fofolle, énergique, optimiste, généreuse, animée, je n’ai pas vu ça souvent. Oh, avant qu’on ne sache qu’elle souffre d’hypothyroïdie, quand elle avait des baisses de pression. Quand elle a eu une énorme peine d’amour. Mais sinon? Ma mère s’est cassé des côtes (en tombant d’une échelle. J’aime pas les échelles, moi.) et continuait sa vie. Elle a eu un épisode de zona et ne s’est jamais plaint (il fallait que j’insiste pour qu’elle admette avoir mal). Je sais que je suis naïve et sotte, mais… ze veux ma maman à moi pour touzours, comprenez? J’ai eu peur. Très peur. Et c’est tout, la vie continue (heureusement, pour tous et toutes)… mais la peur ne me quittera plus jamais totalement. C’est une chose de savoir que la meilleure mère du monde n’est pas éternelle (cela doit bien faire vingt ans qu’elle me le dit chaque fois qu’elle déplace son testament et son mandat en cas d’inaptitude, que je puisse les trouver au besoin), c’en est une toute autre de se trouver plantée, en beaux p’tits vêtements de Nowel, devant une femme adorée qui est visiblement en détresse.

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