Major, Henriette
Henriette Major est décédée hier. J’ai une drôle de relation avec la littérature jeunesse : jeune, je n’en ai presque pas lu. Je lisais des romans dits pour adulte. Mais dans la bibliothèque de ma mère, j’ai trouvé un jour Le club des curieux. C’est, de la centaine d’œuvres d’Henriette Major, la seule que j’ai lu et que je possède. Et pourtant, je vous dirais que madame Major a eu sur moi toute une ascendance. J’ai essayé de lire ce livre à Petit Coco, qui s’est lassé après trois pages. Les enfants, voyez-vous, ne connaissent plus les mots comme bicoque, et ce lassent vite de ne rien comprendre. Pauvre de lui, ai-je pensé, qui va et veut passer à côté du miroir où Marco-Ocram, lui, va oser aller chercher son grand-père fou. C’est un chagrin pour moi de ne pas lui avoir montré ces fleurs qui parlent et ce palais de cristal. Oh que je l’ai lu et relu, Le club des curieux. Oh qu’il me parlait, ce livre. Il partait d’une maison étrange, à l’orée du village, où vivait une femme que les enfants du coin soupçonnaient de sorcellerie. Comment dire mon émoi, à moi qui ai grandi à l’écart du village avec des parents qui n’avaient jamais été entièrement acceptés par les gens de l’endroit? C’est Gilles Vigneault qui en parlait récemment : une quantité d’images et d’information, une pénurie d’imaginaire. Moi j’ai grandi en imagination, et je dois une partie au moins de mon amour viscéral des livres, de la lecture et de l’imaginaire à cette dame qui n’est plus. Merci, Madame Henriette.








