Cliche, Alain: Accro vinyle
Par où commencer, quand on connaît l’auteur depuis des lunes (beaucoup de lunes), et qu’on a même effectué l’une des relectures du manuscrit ? Dire “c’est bon”, c’est trop peu. Trop évident. Même si c’est vrai. Bon. Alors commençons par le commencement. C’est l’histoire - éclatée, fragmentée, faite de retours et d’avancées - d’un gars (je dirais homme habituellement, mais non, cette fois-ci, c’est bien d’un gars qu’il s’agit) qui trippe musique, qui se promène à la recherche - oh le puriste! - de disques en vinyle, et qui, au milieu des ventes-débarras, tombe dans de nombreux souvenirs. C’est l’histoire d’une époque, d’un point de vue personnel, par des bouffées d’émotions, des grappes de souvenirs, des ambiances et des sensations. C’est… de la musique, quoi! Et l’auteur vous dirait que c’est par la musique qu’il faut commencer, et je suis d’accord - c’est un roman à lire en écoutant sa trame sonore, en prenant le temps de le poser et de plonger à notre tour à la fois dans la musique et dans nos propres souvenirs. Attention par contre je ne vous parle pas de nostalgie autant que d’empreintes, d’impressions, de ce sentiment qu’on a parfois quand une pièce musicale nous transporte vers un moment déjà vécu. Ce sentiment-là, le narrateur y plonge et nous y emporte, nous amène toujours plus profondément avec lui. Ça n’a rien à voir avec une odeur de poussière, car certains souvenirs restent nets, précis (j’ai envie de dire crisp, et je ne sais comment rendre autrement l’image que j’ai d’une journée froide d’hiver, quand le soleil, le ciel et la neige vous éblouissent et que l’air glacial vous coupe le souffle à vous blesser les poumons à force de les nettoyer, mais que tout est d’une pureté indicible), et ne sentent pas plus le renfermé que la musique ne vieillit.
Ceci dit, je ne sais pas comment font les gens qui écrivent des critiques littéraires pour gagner leur croûte. Savoir que l’auteur me lira… je craque. Ai-je bien rendu à quel point je l’aime? Comment vous expliquer que le roman est un univers jeune, mais ni puéril ni naïf? Que vous le refermerez en pensant que vous venez de voir un film, tant les images et la musique vous auront parlé? Que c’est une tranche de vie très particulière, à la fois très québécoise et très nord-américaine? Que son humour vous fera à la fois rire et grincer des dents? Que ce n’est pas dans la linéarité que l’on trouve ce qui est vrai, et que bon sang ça fait du bien de lire quelque chose de différent?
Paru le 17 octobre 2007 chez les Éditions Trois-Pistoles










October 17th, 2006 at 2:50 pm
Ouille! … la première critique … douce à mon oreille. Puissent les autres résonner aussi bien que celle-ci (on peut toujours rêver).
Voici la musique dont je parle, pour ceux qui voudraient accompagner leur lecture…
CHANSONS:
1- Carl Douglas : Kung-Fu Fighting
2- Stampeders : Hit the Road Jack
3- Nanette Workman : Lady Marmelade
4- Morris Albert : Feeling
5- Sweet : Ballroom Blitz
6- Frank Zappa : Camarillo Brillo
7- PIL : Public Image
8- the Clash : London Calling
9- PIL : the Albatross
10- Kraftwerk : Radioactivity
11- Kraftwerk : Trans-Europe Express
12- Kraftwerk : Homecomputer
13- A Certain Ratio : Knife Slits Water
14- Gen-X : Dancing with Myself
15- PIL : Socialist
16- Chic : Goodtimes
17- Grand Master Flash : the Message
18- Dr. Jeckyll and Mr. Hide : Fast Life
19- Run DMC : Hardtimes
20 - Afrika Bambataa : Unity Part 1
21 - Electric Prunes : I Had Too Much to Dream Last Night
22- Monkeys : I\’m Not Your Stepping Stone
23- Trisomie 21 : la fête triste
24 - Marty Gold : March of the Toys
25 – Esquivel : St-Louis Blues
26 - Jean- Jacques Perrey : Frere Jean Jacques
27 - Silver Apples : Gypsy love
28 - White Noise : Love Without Sound
29 - Napoleon XIV : Doin\’ the Napoleon
30 - Screaming Lord Such : All Black and Hairy
31 – the Who : I Can See for Miles
32 – Trademark : It’s More Fun to Recompute
33 – the Clash : Spanish Bomb
ALBUMS
1 - Isaac Hayes : Black Moses*
2 - Discomania (compil)
3 - Supertramp : Crime of the Century
4 - Brian Briggs : Brian Damage*
5 - Zappa : Overnight Sensation
6 - Headhunter : Survival of the Fittest*
7 - the Clash : London Calling
8 - Public Image : Second Edition
9 - Malcolm McLaren : Duck Rock*
10 - Cabaret Voltaire : Voice of America
11 - Silver Apples : (self titled)*
12 - Jean-Jacques Perrey : The Amazing New Electronic Pop Sound of Jean-Jacques Perrey
13 - Kraftwerk : Electric Cafe
14 - Chris & Cosey : Technoprimitiv
15 - Moody Blues : Days of the Future Past
16 - Depeche Mode : Violator
17 - Miles Davis : Doo Bop
(*) pour ces disques, la version vinyle est préférable en raison du format de la pochette qui éclairera mieux le lecteur quant aux descriptions visuelles dans le texte.
bonne lecture et bonne écoute!
Alain
October 17th, 2006 at 7:52 pm
Ça donne le goût! Je le mets sur ma liste…
December 22nd, 2006 at 3:14 pm
Accro Vinyle : Vibrant témoignage d’amour adressé à la musique
Avec Accro Vinyle, Alain Cliche nous fait pénétrer dans un univers fascinant, celui d’un passionné fou de musique, mais surtout, l’auteur réussit une chose rare : traduire le sentiment, l’émotion et l’exaltation que produit la musique dans son âme, dans son corps. Son approche est organique plus qu’intellectuelle : il ne s’agit pas d’un « grand connaisseur », d’un mélomane spécialiste qui explique, compare, décortique (comme on en voit beaucoup… trop), mais d’un amoureux transi qui nous fait partager ce que la musique évoque et provoque chez lui, comment elle l’habite au plus profond de son être… La musique ne fait pas partie de sa vie, la musique EST sa vie, une partie intrinsèque de son existence. Peu d’auteurs sont parvenus à décrire avec autant de sensibilité et d’intensité l’émoi, cette sensation d’infini que certains peuvent ressentir au contact de la musique, au-delà de l‘analyse et des connaissances intellectuelles, à traduire le tressaillement de l’âme, le frisson universel et intemporel qu’elle peut produire (sauf peut-être Cioran, cet écorché vif, dans ses Cahiers : «… Écouté la Messe en si mineur. Bouleversé… Chaviré, inconsolable… Pleuré toute la nuit sur la misère du monde… ») Que ce soit par l’entremise de Bach ou de Zappa, peu de gens sont touchés aussi profondément, organiquement par la musique et réussissent à transmettre avec autant de talent leur impression, leur état d’âme. Ce qui fait d’Alain Cliche plus qu’un auteur qui nous fait partager sa passion de la musique, mais un véritable « écrivain ».
Habilement construit, le récit évolue au rythme de l’existence de ce jeune adulte des années 80 qui porte un regard ironique, parfois cynique sur le monde, le code social et l’absurdité de la vie… Les quadragénaires (comme moi) qui ont vécu leur vingtaine à l’époque du disco et qui ont frayé dans l’univers punk savoureront à coup sûr certains passages… Au fil de ses aventures, de ses amours et de ses désillusions, nous partageons avec lui ses découvertes musicales, lesquelles ponctuent le récit du début à la fin, en trame de fond. Le style est intimiste et rappelle parfois Réjean Ducharme ou, dans un autre registre, le grand classique de Salinger The Catcher in the rye. Lorsqu’on termine la lecture de l’épilogue, comme après avoir vu un grand film, on reste imprégné de l’univers qui habite le roman, et on a envie de découvrir à son tour Les Residents ou de redécouvrir ce bon vieux Zappa ou ce mirobolant Miles qu’on a délaissés depuis trop longtemps à cause du tourbillon inepte de la vie… Mais surtout, de connaître davantage cet Alain Cliche, surprenant nouveau venu dans le paysage littéraire québécois.
April 12th, 2007 at 6:15 pm
On plonge dans un univers décrit avec un tel réalisme qu’on finit par s’y sentir un peu chez-soi.
February 27th, 2008 at 1:22 pm
en parlant de Silver Apples, savez-vous qu’ils seront live le 6 mars 2008 au Nouveau Casino à Paris ?